Téléphone : les prix vont baisser, mais les factures resteront élevées
12/04/2004 A 0,22 euro la minute, un appel Paris-New York coûte aujourd'hui moitié moins cher qu'en 1997. L'appel entre Paris et Marseille, à 0,091 euro la minute, a été divisé par plus de quatre depuis 1995... Avec l'ouverture du marché des télécommunications à la concurrence, en 1998, les prix du téléphone fixe ont baissé de 2,5% par an en moyenne. La réduction a d'abord concerné les communications internationales, puis elle s'est étendue aux communications nationales et locales. Paradoxalement, cette chute des prix du téléphone fixe s'est accompagnée d'une baisse du trafic, obligeant les opérateurs traditionnels à trouver de nouveaux relais de croissance.
«De nouveaux opérateurs sont arrivés sur le marché, apportant de nouvelles capacités, ce qui a entraîné cette baisse des prix, explique Pierre Brzustowski, vice-président chez ATKearney. Aujourd'hui, il n'y a plus de raisons structurelles pour que les prix baissent fortement. Les opérateurs travaillent sur leurs coûts, la rentabilité des clients... Si les prix baissent encore, ce sera essentiellement en raison de gains de productivité.»
Pourtant, alors que des opérateurs font transiter les appels vocaux par des réseaux informatiques grâce aux technologies dites de voix sur IP (Voice over Internet Protocol, ou VoIP), certains annoncent que la voix pourrait devenir gratuite. L'américain Vonage est l'un de ces opérateurs qui proposent de la voix sur IP. «En France, Free a lancé le marché. On retrouve aussi des fournisseurs d'accès à Internet comme 9 Telecom ou AOL. France Télécom, à sa manière, va suivre», affirme Bernard Dupré, directeur général de l'Association française des utilisateurs de télécommunications (Afutt).
Ces bouleversements illustrent une mutation économique copernicienne. Plus qu'une baisse des prix, les opérateurs vont proposer aux consommateurs des offres groupées, des «packages» selon leur jargon. Ils envisagent de proposer trois services en même temps : du téléphone, de l'accès Internet et de la télévision. Dans le cadre de ces offres, le consommateur paiera un forfait global et la consommation de voix sera illimitée. «Les consommateurs vont avoir l'impression que c'est gratuit, mais cette gratuité est illusoire, explique Bernard Dupré. Les opérateurs devront bien gagner leur vie et se rattraperont en proposant des services à valeur ajoutée surtaxés comme des bulletins météo ou des résultats de foot.»
Cette révolution technologique concerne d'abord les entreprises, de plus en plus séduites par les nouvelles offres de voix sur IP. Nestlé, le numéro un mondial de l'agroalimentaire, a annoncé fin janvier qu'il allait déployer ces technologies sur la majorité de ses 1 500 sites, remplaçant une partie de ses lignes téléphoniques traditionnelles au cours des cinq prochaines années. En dix mois, le distributeur Auchan va faire migrer vers IP son réseau téléphonique traditionnel.
La mise en place de la téléphonie sur Internet entraîne cependant des coûts initiaux importants. Il faut notamment investir pour assurer le dialogue entre le nouveau réseau IP et le réseau téléphonique classique. C'est la raison pour laquelle le développement des services de transfert de voix sur IP proposé aux consommateurs grand public est très limité. Même les professionnels sont prudents. «Certaines entreprises expérimentent la voix sur IP. Mais il n'y a pas pour le moment de passage massif à cette nouvelle technologie, explique Pierre Brzustowski. Selon les estimations du cabinet ATKearney, la voix sur IP devrait concerner seulement 10% des entreprises en 2006 et 3% des clients grand public. En 2010, 60% des entreprises et 30% des familles seraient concernées.
Face à l'arrivée de la voix sur IP, les opérateurs traditionnels savent qu'ils vont devoir s'adapter. «Pour eux, le seul moyen de maintenir la facture globale du client alors que les prix baissent, est de développer les usages comme la visiotéléphonie ou la visioconférence, note Pierre Brzustowski. La situation est un peu la même que dans l'automobile. Le prix des composants baisse de 3% à 4% chaque année, mais les constructeurs maintiennent le prix final des véhicules en ajoutant l'ABS, l'airbag, le GPS.» Car si l'un des mythes de la technologie est d'assurer que chaque nouveau progrès rapproche de la gratuité, les opérateurs de télécommunications doivent proposer toujours plus à leurs clients pour pouvoir tout simplement dégager des bénéfices et survivre.
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