De plus en plus d'entreprises séduites par le VoIP
02/04/2004 Dans les années 90, la téléphonie sur l'Internet promettait de bouleverser le marché des télécommunications. Après des années d'attente, voilà que l'idée revient en force avec des systèmes pour les entreprises utilisant la voix sur l'Internet Protocol (IP). Les particuliers pourront, eux aussi, bientôt téléphoner sur l'Internet, par l'ADSL ou le câble, sans utiliser de PC. Objectif : payer moins cher.
La ligne de téléphone classique, qui existe depuis près de 130 ans et n'a presque pas changé pendant tout ce temps, est sur le point de subir une cure de rajeunissement avec la technologie Internet. Les réseaux de données qui assurent l'envoi de nos e-mails, pages Web et autres fichiers informatiques, se prêtent aussi au transport de la voix. C'est le Voice over IP (voix sur l'Internet Protocol) ou VoIP en abrégé.
Parmi les fabricants les plus agressifs sur ce marché, l'américain Cisco Systems figure en tête. Il cherche à prolonger l'immense succès remporté dans l'équipement des entreprises pour le transport de données.
Un réseau au lieu de deux
«Le principal argument avancé actuellement est l'économie que les entreprises peuvent réaliser en reliant leurs ordinateurs et téléphones au même réseau», dit Yves Mertens, directeur technique chez Cisco. Il fait référence aux avantages d'une infrastructure centralisée et aux frais de communication moins élevés. C'est surtout ce dernier aspect qu'on évoque le plus souvent pour l'instant.
Les utilisateurs les plus enthousiastes du VoIP sont les entreprises disposant de plusieurs implantations, éventuellement aussi à l'étranger. Elles utilisent leur réseau de données pour téléphoner à bon compte en interne. L'utilisateur qui loue une connexion de données auprès d'opérateurs télécoms comme Belgacom, paie en effet un montant fixe par mois et ne doit plus rien payer d'autre pour son utilisation.
«Nous constatons en outre que les entreprises qui s'installent dans un nouveau bâtiment se demandent s'il faut encore installer des réseaux séparés pour le trafic de données et le trafic téléphonique», ajoute Kurt Simons, directeur des ventes chez EADS Telecom, une filiale de la société franco-allemande EADS qui opère dans l'industrie aéronautique (Airbus), la défense (Matra) et l'industrie spatiale.
Récemment, EADS Telecom a réalisé une étude auprès d'une centaine d'entreprises belges occupant au moins 200 travailleurs. Il en ressort qu'une majorité d'entre elles prennent en compte le VoIP pour l'installation et la modernisation de leur réseau. C'est du reste confirmé par Beltug, l'association belge des utilisateurs professionnels de télécommunication. Dans notre pays, la société de transports publics De Lijn et la Ville de Mouscron ont installé le VoIP pour réaliser des économies sur les frais de téléphonie interne ; le ministère des Finances projette de faire de même.
Comme d'habitude, les analystes se précipitent pour prédire la croissance du nombre de lignes VoIP à l'échelle mondiale. Selon Gartner, environ 3 à 4 % des lignes téléphoniques ont actuellement été converties au VoIP et ce pourcentage s'accroît chaque année de 70 %. Yankee Group est beaucoup plus optimiste et s'attend à ce que la part du VoIP s'élève, cette année encore, à 20 %.
Brancher un téléphone sur l'Internet
La voix sur IP représente davantage que «téléphoner via l'Internet», bien que ce soit précisément cet aspect qui frappe le plus les imaginations. Initialement, c'était tout au plus une manière pour des fanas d'informatique de rester en contact à bon compte car téléphoner via l'Internet n'était possible que si on disposait d'un PC, d'une connexion rapide, d'un casque et d'un micro.
Entre-temps, des fabricants ont commercialisé des téléphones à brancher sur l'Internet fonctionnant comme un appareil classique où il faut composer le numéro puis parler.
Pour que ce système puisse se développer, il faudrait des offres d'opérateurs. Ces derniers se chargent de faire aboutir l'appel chez le correspondant et font en sorte que l'abonné soit joignable, qu'il ait un numéro d'appel. Ce type d'opérateur devrait arriver cette année en Belgique. Il y en a déjà aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en Allemagne.
Le meilleur exemple est celui des Etats-Unis, où cinq sociétés proposent ce service, dont l'ex-monopole AT&T. La favorite du public jusqu'à présent est Vonage, une jeune entreprise qui, en 18 mois, a réussi à recruter 135.000 appelants. Selon les prévisions du bureau d'études In-Stat/MDR, d'ici 2007, quelque sept millions d'Américains téléphoneraient via l'Internet.
Vonage et les autres providers US proposent des tarifs parfois spectaculairement bon marché parce qu'ils peuvent se passer d'un certain nombre d'étapes intermédiaires. Le prix d'un coup de fil est l'addition des coûts au départ de l'appel et de terminaison (collecting et terminating), en proportion avec la part du réseau parcourue. Plus l'appel passe sur l'Internet, moins il faut payer ces étapes intermédiaires.
Quand ils se téléphonent entre eux, les clients de Vonage bénéficient même d'une gratuité complète parce que leurs entretiens passent entièrement par le Net, un avantage qui existe aussi chez les autres opérateurs. En outre, les utilisateurs peuvent bénéficier d'un certain nombre de services comme un répondeur automatique envoyant aussi les messages enregistrés au client par e-mail ou le routage d'appel selon l'appelant. Certains numéros vont vers la ligne fixe, d'autres sur le GSM.
Le numéro de téléphone suit l'utilisateur
Presque tous les opérateurs travaillent avec un adaptateur, une petite boîte qui se place entre la connexion Internet et un appareil téléphonique classique. La connexion Internet sur laquelle cet adaptateur est branché n'a aucune importance. Autrement dit, il est parfaitement possible de déménager votre installation dans un autre logement ou même dans un autre pays et de rester joignable à votre numéro de téléphone. Les commerciaux ont eu tôt fait d'inventer le terme «ligne fixe mobile», une connexion téléphonique qu'on peut littéralement emporter sous le bras.
Les collaborateurs peuvent aller n'importe où dans les bâtiments de l'entreprise sans devoir reprogrammer le téléphone. Ils identifient leur appareil et le numéro en tapant un log in et un mot de passe.
Ce système fonctionne aussi pour les travailleurs à domicile. Leur numéro professionnel les suit partout, même dans leur living. Dans ce cas, on fait aussi souvent usage d'un softphone, un petit logiciel qui simule sur PC les possibilités d'un appareil classique.
Cisco met aussi en avant des applications informatiques fonctionnant avec les téléphones IP. Parmi les partenaires de la société américaine figure le belge Captor, qui vend des systèmes d'enregistrement du temps, sorte d'horologe pointeuse virtuelle.
Cisco fournit une série de téléphones IP allant d'un modèle simple vendu à euro 100 à des appareils avec écran couleur et caméra incorporés à euro 500 et plus. Près de 700.000 appareils ont déjàété vendus, dont plus de 25.000 en Belgique.
La catégorie moyenne, des appareils dont le prix avoisine les euro 300, convient surtout, selon Yves Mertens, aux magasins et aux guichets. «On ne peut pas toujours y placer un PC mais un téléphone ne pose pas de problème. Vous pouvez alors doter l'appareil d'un petit logiciel qui assure la gestion des stocks.»
archives Téléphone par internet, voip, téléphonie sur IP
|